Course océanique · format

Vendée Globe : la boucle australe en solitaire

Une étrave qui quitte Les Sables d'Olonne, trois caps, un retour aux Sables d'Olonne. Entre les deux, l'océan Austral, en solitaire, sans escale et sans assistance. Le Vendée Globe est devenu la course la plus exigeante du calendrier international à la voile depuis qu'elle existe, c'est-à-dire depuis 1989.

Charlie Dalin au passage du cap Horn, Vendée Globe, décembre 2024
Charlie Dalin au passage du cap Horn, Vendée Globe 2024-2025, édition qu'il remportera en 64 jours 19 heures, record de l'épreuve. Photo : Charlie Dalin / Vendée Globe.

Une idée de marin

La course est créée par Philippe Jeantot, double vainqueur du BOC Challenge (tour du monde en solitaire avec escales), en 1988. Son constat : les tours du monde qui existent, même en solitaire, prévoient tous des arrêts, des assistances, des abandons techniques, des relais. Il n'y a pas, à cette date, d'épreuve qui ferme complètement la boucle : un seul homme, un seul bateau, aucune aide extérieure, aucune escale, même pour une réparation. L'objectif est d'obliger la course à redevenir une expédition.

Première édition : départ le 26 novembre 1989, aux Sables d'Olonne, 13 bateaux au départ. Formats variés, monocoques de 18 mètres en moyenne, à l'époque les voiliers de course ne sont pas encore standardisés sur une jauge unique.

1989-1990 : Titouan Lamazou, 109 jours

Le premier vainqueur est Titouan Lamazou, sur Ecureuil d'Aquitaine II, ramené aux Sables le 16 mars 1990 en 109 jours, 8 heures, 48 minutes et 50 secondes. Loïck Peyron arrive deuxième à environ 17 heures près. Jean-Luc Van Den Heede complète le podium. Philippe Jeantot, lui, casse son mât dans une dépression australe et renonce. Six abandons au total sur treize partants.

Lamazou devient un personnage public. La course aussi.

Un parcours, trois caps

Le Vendée Globe impose une route précise : les Sables d'Olonne, descente de l'Atlantique, cap de Bonne-Espérance par le sud, cap Leeuwin par le sud, cap Horn, remontée de l'Atlantique, Les Sables d'Olonne. Entre les trois caps, il faut rester dans le sud, à proximité de l'Antarctique. En pratique, les voiliers descendent dans les Quarantièmes rugissants (40°S-50°S), parfois dans les Cinquantièmes hurlants (50°S-60°S) pour raccourcir la route en suivant la courbure du globe. Une porte des glaces, imposée par la direction de course et resserrée éditions après éditions, empêche aujourd'hui les voiliers de descendre plus au sud afin d'éviter les icebergs. Au fil des années, cette limite s'est approchée du 45°S ou 48°S selon les conditions.

Le parcours total tourne autour de 24 000 milles nautiques réels à la voile, pour 45 000 kilomètres environ, le tout en solitaire, non-stop, sans assistance extérieure autorisée.

La jauge IMOCA

Depuis 1992, la course se dispute en monocoques 60 pieds IMOCA (International Monohull Open Class Association), voiliers monocoques de 18,28 mètres conçus spécifiquement pour le solitaire hauturier. À partir de 2020, les plus récents embarquent des foils qui décollent partiellement la coque à grande vitesse, bouleversant les cinématiques de course. Le temps de référence baisse régulièrement.

Records successifs

En 35 ans, le temps de course a été divisé par presque deux. L'essentiel du gain vient de deux choses : les bateaux (foils, matériaux composites, ergonomie du poste de barre) et le routage (météo satellitaire, modèles numériques, assistance au routage autorisée avant 2000 puis à nouveau discutée selon éditions).

Alan Roura, skipper suisse du Vendée Globe
Alan Roura, skipper suisse, figure régulière du Vendée Globe et l'un des rares non-Français à s'être imposé dans le paysage IMOCA. Photo d'illustration.

Ce que la course ne mesure pas

Le Vendée Globe est souvent pris pour l'étalon absolu des navigations extrêmes, ce qu'il n'est pas tout à fait. Il y a des dimensions qu'il ne teste pas par construction :

Rien de tout cela ne retire au Vendée Globe sa difficulté, qui reste considérable. Il y a encore eu des sauvetages en mer entre 2020 et 2025, et les équipes techniques continuent de perfectionner la fiabilité plutôt que la vitesse. Mais on ne compare pas un record IMOCA à une boucle antarctique sub-60°S : ce ne sont pas les mêmes objets, même si les deux se disputent sur la même planète d'eau.

Sources

  • Archives officielles du Vendée Globe, vendeeglobe.org.
  • Dossiers de presse IMOCA, saisons 1989 à 2025.
  • Archives INA, arrivée Titouan Lamazou, 16 mars 1990.