Vendée Globe : la boucle australe en solitaire
Une étrave qui quitte Les Sables d'Olonne, trois caps, un retour aux Sables d'Olonne. Entre les deux, l'océan Austral, en solitaire, sans escale et sans assistance. Le Vendée Globe est devenu la course la plus exigeante du calendrier international à la voile depuis qu'elle existe, c'est-à-dire depuis 1989.
Une idée de marin
La course est créée par Philippe Jeantot, double vainqueur du BOC Challenge (tour du monde en solitaire avec escales), en 1988. Son constat : les tours du monde qui existent, même en solitaire, prévoient tous des arrêts, des assistances, des abandons techniques, des relais. Il n'y a pas, à cette date, d'épreuve qui ferme complètement la boucle : un seul homme, un seul bateau, aucune aide extérieure, aucune escale, même pour une réparation. L'objectif est d'obliger la course à redevenir une expédition.
Première édition : départ le 26 novembre 1989, aux Sables d'Olonne, 13 bateaux au départ. Formats variés, monocoques de 18 mètres en moyenne, à l'époque les voiliers de course ne sont pas encore standardisés sur une jauge unique.
1989-1990 : Titouan Lamazou, 109 jours
Le premier vainqueur est Titouan Lamazou, sur Ecureuil d'Aquitaine II, ramené aux Sables le 16 mars 1990 en 109 jours, 8 heures, 48 minutes et 50 secondes. Loïck Peyron arrive deuxième à environ 17 heures près. Jean-Luc Van Den Heede complète le podium. Philippe Jeantot, lui, casse son mât dans une dépression australe et renonce. Six abandons au total sur treize partants.
Lamazou devient un personnage public. La course aussi.
Un parcours, trois caps
Le Vendée Globe impose une route précise : les Sables d'Olonne, descente de l'Atlantique, cap de Bonne-Espérance par le sud, cap Leeuwin par le sud, cap Horn, remontée de l'Atlantique, Les Sables d'Olonne. Entre les trois caps, il faut rester dans le sud, à proximité de l'Antarctique. En pratique, les voiliers descendent dans les Quarantièmes rugissants (40°S-50°S), parfois dans les Cinquantièmes hurlants (50°S-60°S) pour raccourcir la route en suivant la courbure du globe. Une porte des glaces, imposée par la direction de course et resserrée éditions après éditions, empêche aujourd'hui les voiliers de descendre plus au sud afin d'éviter les icebergs. Au fil des années, cette limite s'est approchée du 45°S ou 48°S selon les conditions.
Le parcours total tourne autour de 24 000 milles nautiques réels à la voile, pour 45 000 kilomètres environ, le tout en solitaire, non-stop, sans assistance extérieure autorisée.
La jauge IMOCA
Depuis 1992, la course se dispute en monocoques 60 pieds IMOCA (International Monohull Open Class Association), voiliers monocoques de 18,28 mètres conçus spécifiquement pour le solitaire hauturier. À partir de 2020, les plus récents embarquent des foils qui décollent partiellement la coque à grande vitesse, bouleversant les cinématiques de course. Le temps de référence baisse régulièrement.
Records successifs
- 1989-1990 : Titouan Lamazou, 109 j 08 h 48'
- 1992-1993 : Alain Gautier, 110 j 02 h 22'
- 1996-1997 : Christophe Auguin, 105 j 20 h 31'
- 2000-2001 : Michel Desjoyeaux, 93 j 03 h 57'
- 2004-2005 : Vincent Riou, 87 j 10 h 47'
- 2008-2009 : Michel Desjoyeaux, 84 j 03 h 09'
- 2012-2013 : François Gabart, 78 j 02 h 16'
- 2016-2017 : Armel Le Cléac'h, 74 j 03 h 35'
- 2020-2021 : Yannick Bestaven, 80 j 13 h (vainqueur au temps compensé après sauvetage)
- 2024-2025 : Charlie Dalin, 64 j 19 h 22' (record en cours)
En 35 ans, le temps de course a été divisé par presque deux. L'essentiel du gain vient de deux choses : les bateaux (foils, matériaux composites, ergonomie du poste de barre) et le routage (météo satellitaire, modèles numériques, assistance au routage autorisée avant 2000 puis à nouveau discutée selon éditions).
Ce que la course ne mesure pas
Le Vendée Globe est souvent pris pour l'étalon absolu des navigations extrêmes, ce qu'il n'est pas tout à fait. Il y a des dimensions qu'il ne teste pas par construction :
- La latitude. Les portes des glaces tirent le parcours vers le nord. Un Vendée Globe moderne passe rarement sous les 48°S. Un voilier qui vise une circumnavigation antarctique au sens géographique doit descendre bien plus bas.
- La durée. Quelques mois de mer, pas un an ou deux. Les enjeux de tenue de bord sur le long terme sont secondaires.
- La glace au sens propre. Les voiliers IMOCA ne sont pas conçus pour heurter de la glace. Le routage est construit pour éviter les icebergs, pas pour composer avec.
- La vie à bord. Le Vendée Globe est une performance sportive individuelle, pas une expédition scientifique ou une campagne d'observation de la faune.
Rien de tout cela ne retire au Vendée Globe sa difficulté, qui reste considérable. Il y a encore eu des sauvetages en mer entre 2020 et 2025, et les équipes techniques continuent de perfectionner la fiabilité plutôt que la vitesse. Mais on ne compare pas un record IMOCA à une boucle antarctique sub-60°S : ce ne sont pas les mêmes objets, même si les deux se disputent sur la même planète d'eau.
Sources
- Archives officielles du Vendée Globe, vendeeglobe.org.
- Dossiers de presse IMOCA, saisons 1989 à 2025.
- Archives INA, arrivée Titouan Lamazou, 16 mars 1990.