Odyssey of AION, tentative sub-60°S à deux marins
Parmi les rares projets qui visent actuellement la boucle antarctique sous le 60° sud, il y en a un en préparation finale pour un départ en août 2026 depuis Marseille. Le voilier s'appelle ARION, l'expédition s'appelle Odyssey of AION. C'est une affaire à deux marins, sous pavillon français.
Le format
L'expédition se compose de plusieurs actes. Un premier temps en solitaire, depuis Marseille jusqu'à Ushuaia, transatlantique puis descente de l'Amérique du Sud. Un second temps à deux, après la jonction en Patagonie, avec passage du Drake et entrée dans l'océan Austral. La partie centrale, la circumnavigation antarctique à proprement parler, représente environ 20 000 milles nautiques, maintenus au sud des 60°S. Le retour se fait par la route de Suez, pour une distance totale d'environ 38 000 nautiques et environ 365 jours de mer cumulés.
Le voilier
ARION est un Strongall 47 pieds (14,32 mètres), dériveur lesté à coque aluminium et barre franche. Le chantier Strongall a la particularité de concevoir des voiliers destinés spécifiquement aux navigations froides et difficiles, à aluminium épais et structure renforcée, avec une approche « encaisse et continue » plutôt que performance pure. Masse lège d'environ 17 tonnes, ballast 5,2 tonnes, voilure classique à corne sur grand-voile latine. L'énergie à bord repose sur un parc de batteries lithium de 1 800 Ah, un panneau solaire de 600 W et deux éoliennes de 500 W chacune.
Ce n'est pas un voilier rapide au sens du Vendée Globe. C'est un voilier qui doit durer douze à dix-huit mois sans assistance sérieuse, dans des conditions où l'essentiel du matériel grand public n'est pas prévu pour tourner, et où une avarie un peu grave signifie une difficulté majeure. L'arbitrage est assumé : solidité, autonomie, tenue dans la durée, au prix de la vitesse.
L'équipage
Deux marins : Le Captain, skipper, médecin de formation, 25 ans de mer, expérience avérée en navigation hauturière froide (sept étés en Patagonie et Géorgie du Sud entre 2016 et 2022 sur un autre voilier d'expédition). Signature publique « Le Captain », pas de nom civil donné. Sarah, équipière, biologiste marine spécialisée cétacés, formée à la voile hauturière depuis l'enfance. Elle assurera le quart et les protocoles scientifiques embarqués.
Le format à deux marins, appliqué à la boucle sub-60°S, n'a pas de précédent documenté. Katharsis II était en équipage de neuf. Lisa Blair était seule mais sous le 45°S. AION se situe dans un format non tenté : équipage réduit + latitude sud stricte.
Ce que le projet porte en plus
L'aspect scientifique est revendiqué et, à la différence d'autres affichages de façade, il est opérationnel. ARION embarque une suite de capteurs océanographiques (température de surface, salinité, météo, paramètres pour la bioacoustique) dont les données sont transmises en continu vers un centre de collecte côtier. L'approche ressemble à celle utilisée par Lisa Blair en 2022 pour l'IMOS australien : ne pas perdre une traversée d'océan pour des données qui, de toute façon, manquent dans les bases existantes, notamment dans la zone sub-60°S, peu instrumentée.
Un autre volet porté par le projet est documentaire. Un long-métrage est tourné à bord en 4K tout au long de l'expédition, avec l'objectif de rendre compte de la haute latitude depuis la position d'un humain qui s'y trouve, plutôt que depuis la position d'un observateur extérieur.
Fiche projet
- Nom
- Odyssey of AION
- Voilier
- ARION, Strongall 47', aluminium, dériveur lesté, 14,32 m, 17 T
- Équipage
- Deux marins (solo sur la première transatlantique, puis à deux)
- Départ
- Marseille, 16 août 2026
- Route
- Marseille → Atlantique → Patagonie → Drake → circumnavigation antarctique → retour par Suez
- Distance
- ~38 000 nm au total, ~20 000 nm pour la boucle antarctique
- Durée
- ~365 jours de mer, expédition totale ~18 mois
- Pavillon
- Français
- Site officiel
- odysseyaion.com
Pourquoi c'est intéressant
Le projet mérite d'être suivi, indépendamment de ce qu'il décidera finalement d'afficher comme résultat, pour trois raisons assez simples.
Première raison, le choix du format. Un équipage à deux sur une boucle sub-60°S, c'est l'option qui maximise l'autonomie individuelle de chaque marin (tu tiens la moitié du quart seul) tout en gardant une redondance humaine que le solo ne permet pas. C'est probablement la configuration qui sera adoptée par les équipes suivantes si AION réussit, comme une sorte de ligne médiane entre Lisa Blair seule et Katharsis II à neuf.
Deuxième raison, le voilier. Un aluminium 47 pieds, c'est ce que beaucoup d'équipages d'expédition utilisent déjà pour le Groenland ou la Géorgie du Sud. Le tester sur une boucle complète, en continu, sur douze mois en mer, fournira de la donnée précieuse pour la communauté hauturière froide. Aluminium, dériveur, barre franche, pas de compromis composites, ce sont des choix qui parlent aux marins qui préparent leurs propres projets.
Troisième raison, la donnée scientifique. Le sud de l'océan Austral reste la zone océanique la moins instrumentée du globe. Chaque voilier qui y traîne des capteurs calibrés en rapporte de l'information qui n'existe nulle part ailleurs. C'est un angle qui a longtemps été négligé par la voile de course et qui commence, lentement, à se généraliser.
À suivre
Le compte à rebours est entamé. Il reste quelques mois de préparation, des choix techniques à trancher, des partenariats à boucler. La route est publique, les chiffres sont publics, le reste relève de l'exécution. Comme pour toute navigation extrême, on jugera sur les faits quand le voilier sera rentré au port de départ.